ilozen

Sous le ciel de Rio

2007 février 2nd
0 Comm.

Il est des relations avec les auteurs comme des histoires de compréhension profonde. Dans ma fin d’adolescence H. Hesse a accompagné les affres de l’âge ingrat illustrant de son Loup des steppes, de son Demian ou de son Siddhartha les sinusoïdes bipolaires classiques de la petite décade pubertaire. De la lecture adolescente comme empathie thérapeutique.
Plus tard j’ai tant appris aupres de celui que j’ai considéré comme un modèle d’intégrité intellectuelle, servant ses travaux et recherches du mieux possible, que ma vision des histoires – comment les mener, les moduler, les chanter, les lire – en fut transfigurée. Merci Mr Bruno de La Salle. Entre autres cordées à travers les récits, la rencontre avec le mythe Arthurien ne fut pas la moindre des escalades. Alors, par hasard puisque cette version ne se trouvait pas au sein du centre de documentation d’alors, j’ai ouvert la trilogie – magique -que Michel Rio a consacré à ces héros intemporels. Depuis je ne me rappelle pas avoir ressenti un tel choc tant dans l’écriture que dans la pensée chez un autre écrivain. De la littérature considérée comme une tauromachie disait Leiris, Rio incarne la quintessence de l’esprit et de l’esthétique sans concessions – c’est à dire honnête. Je me rappelle lire son Perchoir du perroquet – effleurement douloureux du renoncement à la foi culpabilisatrice et violente, visite mortelle des extrémités existentielles – à l’abri d’une pluie inondant un des paradis humains. Saisissante expérience de mise en abîme contextuelle !
Ayant acquis recemment deux nouveaux titres renouvellant le miracle, polar-pretexte à cette quête de définition de l’identité qui semble accompagner son oeuvre déjà parcourue, il me semble qu’un billet-hommage n’est pas de trop pour retourner à un contemporain l’estime qu’il semble accorder à son lectorat. Et si cela peut vous donner envie de (re)découvrir l’auteur, j’en serais ravi.

PS : j’ai bien conscience que cet endroit semble oublier l’information-documentation ces derniers temps. Il se trouve qu’entre le travail – toujours très très info-doc ! – et mon petit loup nouveau né (de son deuxieme prenom Merlin – c’est vous dire si les histoires peuvent vous imprégner), je profite des temps libres pour d’autres activités que l’informatique documentaire. Ce carnet reflète donc simplement cet état de fait. A priori ce n’est que passager, il finira bien par faire ses nuits et moi recouvrer de l’appetit TIC-post-professionnel ;)

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Diptyque

2007 janvier 24th
4 Comm.

C’est Akynou qui propose le jeu et écrire des histoires changent un peu des moyens nouveaux pour les obtenir…
La photo :

crédit : Antoine (le québecois)

Le texte :

Au moment de l’ultime détachement, comme envolée avec le dernier soupir, ta vie se déroule une dernière fois. C’est ce qu’on m’avait raconté. Et maintenant que je sais, maintenant que la croyance s’efface devant l’évidente réalité, maintenant, je n’ai personne à qui dire combien c’est faux. Au moment de l’ultime détachement, tes yeux se perdent vers l’infini des cieux ; et dans ce vertige inversé, j’ai peur de m’envoler.

La forêt qui entoure le Centre effraie ses occupants. Elle est la gardienne de notre éternelle vacuité, prisonniers que nous sommes d’une écrasante réalité, elle est la limite de nos possibilités. Je connaissais le risque en m’élançant à travers l’interdit, je savais qu’on ne vainc pas sa froideur ni son immensité.

J’entends encore résonner l’alarme quand mes pas franchissent la Limite. Mon souffle s’accélère. J’allonge ma foulée pour continuer à espérer. Je contourne un arbre, saute par-dessus un buisson. C’est étonnant comme je sens le vent me retenir, peut-être est-ce la peur.

Tous ces arbres qui me gênent ! Et les cris derrière moi ! Mes pieds nus saignent maintenant. Je ne me rappelle plus quand j’ai compris que le Centre ne me laisserait rien voir d’autres que lui-même. Je ne me rappelle plus comment l’envie d’ailleurs a surgi. Et là, je ne me rappelle plus du bruit de la détonation.
Le crépuscule s’annonce en jetant sur l’horizon un voile mate. Je m’effondre. Un dernier effort et je me retourne sur le dos.

Au moment de l’ultime détachement, tu vois des arbres, immenses, tendus vers le ciel. Ce sont des lianes auxquelles ton âme s’accroche pour grimper vers l’ailleurs. Je souris. Je ne retournerai pas au Centre.

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