Bon je travaillais à un billet sur la diffusion des résultats de la veille mais Camille Alloing de Caddereputation m’a pris de vitesse, et c’est tant mieux.

Je voudrais revenir malgré tout sur plusieurs points :

Trop de temps pour la recherche, pas assez pour l’analyse et la diffusion

Le temps dédié réellement à chaque activité de veille et la répartition idéale de celui-ci, comme je l’ai vu dans une formation (je n’ai malheureusement pas la source mais cela se vérifie dans la plupart des services que j’ai rencontré), se répartissent ainsi :

Phases Constaté (en général) Recommandé
Recherche/acquisitions 40% 25%
Exploitation 30% 25%
Diffusion 20% 30%
Evaluation/Orientation 10% 20%

Ceci n’est bien entendu qu’un ordre d’idée mais il illustre bien ma propre expérience des services d’informations. On peut chercher des explications à cet état de fait dans la formation des personnes chargées de la veille, l’accent mis sur les sources d’informations, l’aspect techniques des outils et la crainte de « passer à côté de » l’information importante…

Le veilleur travaille pour orienter et faciliter la prise de décision…

… et non pas pour être exhaustif.
Une fois cette réalité rappelée, il convient donc au veilleur d’intégrer les process de décision de son organisation. L’article d’Owni cité par Camille et le point sur la décision du leader sont justes bien que simplifiés : les processus de décisions managériales sont complexes et diverses typologies ont été étudiées. Citons, et incitons les veilleurs à lire, une étude disponible en ligne sur le style de décision écrite par Tung Dao dans le cadre d’une thèse à Rennes1 :
on a distingué cinq styles de décision, basés sur la participation des subordonnés à la décision, allant du style autocratique (l’absence de la participation) au style dit « par délégation »(les subordonnés donnent les décisions)(Yousef, 1998 [50]), ou quatre styles différents basés sur deux composantes importantes des décisions managériales (complexité cognitive et orientation des valeurs)(Connor et Becker, 2003 [12]).

Le style de décision doit être intégré par la cellule de veille afin d’adapter et le discours et les destinataires des livrables.

Pour lutter contre le manque de réaction : créer du sens.

Je vais ici m’appuyer sur la méthode LESCA (LESCA Humbert, CARON Marie-Laurence) « pour mettre en place et utiliser un dispositif Intelligence collective <-> Veille stratégique » qui, après s’être penché sur le processus cognitif des individus (dans notre cas les décideurs), propose de grouper les informations, les relier au sein de chaque groupe et de noter les causalités et oppositions.
Pour faire bref on peut dire qu’une liste d’articles mis les uns sous les autres a peu de chance d’influer sur la prise de décision. Pensez lors de la diffusion à éditorialiser vos contenus (cela passe par plus de temps pour l’analyse, ça tombe bien vous allez en passer moins à chercher !)

Différentes analyses, différentes réponses, différents supports

Pour conclure, on ne peut pas proposer un modèle de diffusion (e-mail, intranet, RSE – Réseau Social d’Entreprise…) et il vous faudra, en fonction des attentes (analyse prospective, alerte, synthèse) et du mode de décision en vigueur dans votre organisation, réfléchir au format (court/long ; papier – eh oui encore ! -/électronique ; carte mentale/histoire racontée) et au moment idéal pour faire circuler vos produits.